Décès de Bruno Latour, “le plus célèbre et le plus incompris des philosophes français”

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Pour la presse internationale, il était « le plus célèbre et le plus incompris des philosophes français »: figure majeure du monde des idées et de la pensée écologiste, Bruno Latour est décédé dans la nuit de samedi à dimanche.
Cet intellectuel lu et encensé à l’étranger, notamment dans le monde anglo-saxon, est décédé à Paris à l’âge de 75 ans, a annoncé dimanche son éditeur, Les éditions La Découverte.
 
Réactions
Dès l’annonce de sa mort, les réactions ont afflué. « La France, le monde et l’écologie perdent un immense intellectuel. Nous perdons un compagnon d’une extraordinaire humanité, un homme qui, à chaque échange, à chaque lecture, nous rendait plus intelligents, plus vivants! Toutes mes pensées à sa famille », a écrit sur Twitter l’ancien candidat écologiste à la présidentielle Yannick Jadot.
 
“L’un des Français les plus influents dans le monde”
« C’était un homme ferme sur ses opinions mais ouvert à l’autre et j’ai pu l’apprécier dans un dialogue que nous avons eu », a loué l’ancienne ministre de l’Écologie Corinne Lepage. « Immense respect et merci, cher Bruno Latour, vous avez tant apporté à l’écologie », a complété sur le même réseau social la députée Sandrine Rousseau. Le Centre Pompidou a lui loué « un des philosophes français les plus influents dans le monde ».

L’un des premiers à percevoir l’enjeu de la pensée écologiste
 
Né le 22 juin 1947 à Beaune (Côte d’Or) dans une famille de négociants en vin de Bourgogne, Bruno Latour, qui a passé une agrégation de philosophie puis s’est formé à l’anthropologie en Côte d’Ivoire, a été l’un des premiers intellectuels à percevoir l’enjeu de la pensée écologiste. Pourtant, c’est d’abord dans le monde anglo-saxon que Bruno Latour est encensé. Il était « le plus célèbre et le plus incompris des philosophes français », selon le New York Times, dans un article paru en 2018.
 
Intellectuel inclassable d’abord publié en anglais
Récipiendaire du prix Holberg (2013) et du prix de Kyoto (2021) pour l’ensemble de ses travaux, Bruno Latour était un intellectuel inclassable, soucieux de l’enquête de terrain. Ce pilier de Sciences-Po, auteur de plusieurs essais parus en anglais avant d’être publiés en France, s’est longtemps intéressé aux questions de gestion et d’organisation de la recherche et, plus généralement, à la façon dont la société produit des valeurs et des vérités.
 
“Le capitalisme a creusé sa propre tombe”
Il est l’auteur (seul ou en collaboration) d’ouvrages qui ne se bornent pas à la pure pensée de la crise climatique. Parmi eux: « La fabrique du droit. Une ethnographie du Conseil d’Etat », « La Vie de laboratoire », « Nous n’avons jamais été modernes », « Les Microbes. Guerre et paix » (sur Louis Pasteur). Il a aussi été l’initiateur de projets institutionnels visant à décloisonner les sciences, via la fondation du Medialab de Science Po. En 2021, lors de la parution de son ouvrage « Où suis-je? – Leçons du confinement à l’usage des terrestres » (La Découverte), son dernier livre, il confiait que les crises du changement climatique et de la pandémie ont brutalement révélé une lutte entre « classes géo-sociales ». « Le capitalisme a creusé sa propre tombe. Maintenant, il s’agit de réparer ».
 
Auteur de deux pièces de théâtre, Bruno Latour a aussi enseigné à l’étranger, notamment en Allemagne et aux États-Unis, où il a été professeur invité à Harvard.

Immense respect et merci, cher Bruno Latour, vous avez tant apporté à l’écologie.
Bruno Latour, penseur du « nouveau régime climatique », est mort – via @lemondefr https://t.co/WZEXQwrN3N

— Sandrine Rousseau (@sandrousseau) October 9, 2022

Avec 7/7

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