Douze ans de travaux et de polémiques: les 15 dates clés d’un Mondial au Qatar sous le signe de la controverse

Interpellé sans relâche sur son respect des droits humains, le Qatar aborde le Mondial-2022 dans une situation paradoxale: fort d’une notoriété conquise à grands frais, mais plus exposé que jamais aux pressions occidentales. Depuis la désignation du Qatar comme pays hôte en 2010, les polémiques autour de cette Coupe du monde se sont succédé, s’amplifiant à l’approche du tournoi dont le coup d’envoi est programmé le 20 novembre.
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L’attribution surprise

Dès son attribution surprise le 2 décembre 2010 à Zurich, le Mondial qatari fait couler beaucoup d’encre.

Dans la foulée de l’annonce de la Fifa, qui a préféré le Qatar aux États-Unis au 4e tour de scrutin, Barack Obama, alors président américain, s’exclame: « C’est une mauvaise décision ».

À l’époque, un seul des huit stades prévus pour le Mondial existe et la venue de plus d’un million de supporters incite à s’interroger sur la capacité d’accueil, notamment hôtelière, du petit émirat.

 

Les premiers soupçons de corruption

En août 2012, la chambre d’instruction du comité d’éthique de la Fifa engage une enquête sur l’attribution des Mondiaux-2018 à la Russie et 2022 au Qatar, dirigée par l’ancien procureur américain Michael Garcia.

 

 

Le changement de calendrier

Le 8 janvier 2014, Jérôme Valcke, alors secrétaire général de la Fifa, déclare que le Mondial ne se déroulera « pas en juin-juillet » mais « entre le 15 novembre et le 15 janvier au plus tard », dans un entretien diffusé par les radios France Info et France Inter.

C’est la confirmation d’une option déjà avancée par Sepp Blatter, alors président de la Fifa, face à « des problèmes liés à la chaleur ». En plein été au Qatar, les températures peuvent grimper jusqu’à 50 degrés Celsius.

Le comité exécutif de la Fifa tranche le 25 septembre 2015 en faveur d’une compétition qui aura lieu du 21 novembre au 18 décembre 2022. Finalement, le match d’ouverture est avancé d’un jour, le 20 novembre, pour mettre au Qatar d’ouvrir le bal.

Pour la première fois, une Coupe du monde de football est organisée en fin d’année civile, interrompant les championnats de clubs européens, ce qui fait grincer des dents parmi ces derniers, employeurs des stars du ballon rond.

 

La démission de Michael Garcia après la censure de son rapport

Une synthèse de 42 pages du rapport Garcia est publiée par la FIFA. Hans-Joachim Eckert, président de la chambre de jugement du comité d’éthique de la Fifa, relève « des comportements douteux » mais pas de quoi remettre en cause le processus d’attribution.

Michael Garcia dénonce une présentation « erronée et incomplète » de son enquête et annonce faire appel. Il indique également démissionner de son poste pour protester contre la non-publication de l’entièreté de son rapport qui contenait 350 pages. “Aucune commission de gouvernance indépendante, aucun enquêteur (…) ne peut changer la culture d’une organisation comme la FIFA”, déclare-t-il à l’époque.

 

 

 

Des voix s’élèvent sur les droits humains

De nombreuses voix critiquent le petit émirat gazier au sujet des droits humains, à commencer par la Confédération syndicale internationale, auteur en 2014 d’un rapport sans concession sur le traitement des travailleurs migrants.

L’accueil des membres de la communauté LGBT+ sera aussi scruté dans cet État musulman conservateur où la législation criminalise les relations sexuelles entre personnes du même sexe. Les organisateurs promettent d’accueillir « tous » les visiteurs sans discrimination.

 

 

Le début du FIFAgate

Au printemps 2015, les soupçons autour du Qatar ont pris un relief nouveau avec l’arrestation par la police suisse de sept hauts dirigeants du football en marge du congrès de la Fifa, à la demande des autorités américaines.

L’affaire – portant pour l’essentiel sur des accusations de corruption liées à l’attribution de droits marketing et de droits TV de compétitions sud-américaines – n’a pourtant, formellement, rien à voir avec le vote de décembre 2010.

Mais une cascade d’enquêtes disciplinaires et judiciaires ont depuis mis au ban, voire en prison, la quasi-totalité des votants de 2010 et fini par emporter le président de la Fifa de l’époque, Sepp Blatter.

Enfin, dans un acte d’accusation d’avril 2020, une Cour de New York évoque parmi d’autres charges de possibles pots-de-vin touchés par cinq ex-membres du Comité exécutif en échange de leurs votes pour la Russie (Mondial-2018) et le Qatar, sans que l’affaire n’ait été jugée depuis.

 

La publication du rapport Garcia

Le 27 juin 2017, l’ensemble du rapport Garcia, sans son principal instigateur, est finalement publié par la FIFA, après des fuites dans la presse. Il relève une série de transactions financières potentiellement suspectes mais pas de preuves suffisantes pour retirer au Qatar l’organisation du Mondial.

 

L’ouverture d’une enquête en France pour « corruption active et passive »

En France, la justice enquête depuis 2019 pour « corruption active et passive » sur un déjeuner tenu le 23 novembre 2010 entre Nicolas Sarkozy, alors président de la République, deux hauts dirigeants qataris et Michel Platini, à l’époque patron de l’UEFA, qui a apporté les quatre voix européennes à l’émirat.

Tout l’enjeu est de comprendre si des contreparties ont été négociées avec le Qatar en échange du vote de Michel Platini, qui a apporté les quatre voix européennes à l’émirat après avoir initialement envisagé de soutenir les Etats-Unis.

Or les relations du Qatar avec la France sous la présidence Sarkozy offrent aux investigations une toile de fond complexe: six mois après ce déjeuner, en mai 2011, le Paris SG a été racheté par le fonds qatari QSI pour 76 millions d’euros au fonds américain Colony Capital, dirigé en France par un proche de Nicolas Sarkozy.

Le 13 octobre 2022, une enquête conjointe de France Télévisions et Radio France révèle une note de la cellule diplomatique de l’Elysée en vue du déjeuner du 23 novembre 2010, prévoyant d’aborder, outre le Mondial, les sujets « avions de combat » et « défense anti-missile globale ».

Interrogé, l’ex-secrétaire général de l’Elysée Claude Guéant a confirmé « des discussions avec le Qatar » sur la vente d’avions Rafale finalement conclue en 2015, sous la présidence de François Hollande, mais écarté tout lien avec l’attribution du Mondial.

 

 

6.500 morts sur les chantiers

Début 2021, le journal britannique The Guardian révèle que 6.500 ouvriers sont morts sur les chantiers du Mondial. Ce nombre correspond à l’ensemble des morts recensés dans la population venue d’Asie du Sud entre 2010 et 2020, toutes causes confondues.

Officiellement, il y a eu trois décès dans les huit stades du Mondial. Un rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT), qui a un bureau à Doha, a conclu que 50 travailleurs étaient morts dans des accidents du travail en 2020 et que 500 autres avaient été blessés gravement. L’OIT note cependant des lacunes dans le système d’enquête et de recensement des décès et indique que leur nombre pourrait être plus élevé.

Sous la pression d’ONG, de sponsors et de plusieurs fédérations qui demandent un fonds d’indemnisation, la Fifa a dit le 17 octobre « dialoguer » sur des « initiatives » en faveur des ouvriers des chantiers du Mondial.

 

L’impact environnemental au coeur de la polémique

« Impact carbone nul » contre « aberration écologique », les analyses des organisateurs et des opposants diffèrent sur l’empreinte environnementale du Mondial.

Selon un rapport publié par la Fifa en juin 2021, plus de 3,6 millions de tonnes de CO2 seront émises en raison de la Coupe du monde, contre 2,1 millions de tonnes lors de la précédente édition en Russie en 2018.

Mais ce bilan est incomplet, juge l’ONG Carbon Market Watch, qui estime que l’empreinte carbone de la construction des stades pourrait avoir été sous-estimée d’un facteur huit: il faudrait comptabiliser 1,6 million de tonnes de CO2 et non 0,2 million.

Du côté des organisateurs, on fait valoir que la proximité des huit stades, dans un rayon de 75 km, va réduire le trafic aérien au profit du métro et des bus électriques. Mais des voix évoquent le risque d’une augmentation des émissions en raison des nombreuses navettes aériennes destinées à acheminer les supporters en provenance des pays voisins, pour limiter la pression sur l’offre hôtelière au Qatar.

La climatisation des stades, souvent retenue comme symbole de gâchis énergétique et environnemental, ne pèse pas très lourd dans le bilan. Mais pour la Première ministre française Élisabeth Borne, cette climatisation à ciel ouvert « n’est pas un bon signal » en matière de sobriété énergétique.

 

Les appels au boycott

De nombreux anciens joueurs, à l’image d’Éric Cantona et Philipp Lahm, dirigeants politiques, ou encore associations, ont appelé au boycott de la Coupe du monde ou ont partagé leur intention de faire l’impasse sur le tournoi.

Pour la première fois en France, un média a même annoncé ne pas couvrir cet événement majeur de la planète foot. « Sans nous », a titré sur fond de stade vide Le Quotidien de La Réunion, l’un des deux journaux régionaux de l’île, en Une de son édition, le 13 septembre 2022.

Dans un communiqué adressé aux autres médias locaux, le journal a précisé qu’il n’y aurait « plus (…) ni articles, ni publicités évoquant l’aspect sportif de ce Mondial 2022 ». « Notre journal boycottera tout ce qui est en lien avec l’événement sportif, mais relayera les informations en lien avec les problématiques écologiques et humaines portées par la compétition », a indiqué à l’AFP le directeur du Quotidien, Vincent Vibert.

« Ce projet de boycott a été proposé par le chef du service des sports du journal », explique Vincent Vibert. « Il ne savait pas comment relayer l’événement, il a donc proposé à la direction de tout simplement le boycotter, ce que nous avons validé et présenté en interne », ajoute-t-il.

 

 

La FIFA ouverte à un fonds d’indemnisation pour les ouvriers victimes d’accidents

La Fédération internationale de football (Fifa) s’est dite pour la première fois « intéressée » par la mise en place d’un fonds d’indemnisation des victimes d’accidents du travail sur les chantiers de la Coupe du monde au Qatar, a déclaré jeudi son secrétaire général adjoint, Alasdair Bell.

« Il est important d’essayer de voir que quiconque ayant subi une blessure en raison de sa participation à la Coupe du monde, cela soit en quelque sorte réparé », a déclaré M. Bell devant les parlementaires du Conseil de l’Europe, vigie des droits de l’homme sur le continent, lors d’une audition sur la protection des droits des travailleurs au Qatar.

« Ce n’est pas la chose la plus simple à mettre en place, cela demande de la réflexion », a-t-il poursuivi. « Cela nécessite une structure, des règles et une gouvernance », mais « c’est certainement quelque chose que nous souhaitons faire progresser », a-t-il ajouté.

De son côté, le Qatar a rejeté cette idée, a déclaré son ministre du Travail. “Chaque mort est une tragédie (mais) il n’y a pas de critères pour établir ce fonds” d’indemnisation, avance-t-il. “Où sont les victimes? avez-vous les noms?”.

Le ministre a rappelé que son pays avait mis en place en 2018 un fonds d’indemnisation pour les travailleurs ne percevant pas leur salaire, avançant le chiffre de 320 millions d’euros versés rien qu’en 2022.

 

 

Le Qatar accusé d’avoir commandité l’espionnage de personnalités

Le pays du Golfe est accusé d’être à l’origine de l’espionnage par des hackers de près d’une cinquantaine de personnalités dans le cadre de l’organisation de la compétition.

Selon une enquête publiée dimanche dans le quotidien britannique The Sunday Times, des journalistes, avocats, ou encore l’ancien patron du foot européen Michel Platini ainsi qu’une sénatrice française, ont été les cibles de hackers embauchés pour protéger la réputation du Qatar.

Ces personnalités ont le plus souvent été visées pour leurs travaux ou prises de positions critiques sur l’attribution et l’organisation de la Coupe du monde de football.

 

 

Sepp Blatter admet « une erreur »

L’ex-président de la FIFA Sepp Blatter dit regretter le lieu sélectionné pour la Coupe du monde 2022. Le choix du Qatar, controversé pour des questions de droits humains et de climat, est à ses yeux « une erreur » en raison de la petitesse du pays.

« Le football et la Coupe du Monde sont trop grands pour cela », déclare Sepp Blatter dans une interview publiée mardi par les titres du groupe suisse Tamedia. Il s’agissait d’un mauvais choix « et j’en portais à l’époque la responsabilité en tant que président de la FIFA », ajoute-t-il.

À l’origine, le comité exécutif avait voulu attribuer la Coupe du monde 2018 à la Russie et celle de 2022 aux Etats-Unis. « Cela aurait été un geste de paix si les deux adversaires politiques avaient organisé la Coupe du monde l’un après l’autre », précise le Haut-Valaisan. Mais des voix importantes se sont ensuite reportées sur le Qatar.

 

Un ambassadeur qatari qualifie l’homosexualité de « dommage mental »

Un ambassadeur qatari de la Coupe du monde a qualifié l’homosexualité de « dommage mental », dans une interview diffusée mardi sur la chaîne publique allemande ZDF.

« Pendant la Coupe du monde, beaucoup de choses vont arriver ici dans le pays. Parlons des gays », a déclaré Khalid Salman, ancien international qatari et ambassadeur du Mondial-2022.

« Le plus important, c’est que tout le monde acceptera qu’ils viennent ici, mais ils devront accepter nos règles », ajoute M. Salman dans cet extrait d’une interview qui sera diffusée en intégralité mardi soir sur ZDF.

L’homosexualité, « c’est ‘haram' » (ce qui signifie « interdit », NDLR), estime-t-il. « C’est ‘haram’ car c’est un dommage mental », ajoute M. Salman, avant d’être interrompu par un attaché de presse.

Avec 7/7.be

 

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