LIBRE PROPOS Par Abdoulaye THIAM (Sud Quotidien) LA RANÇON DE LA PATIENCE

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Quelle remontada ! Donné mort politiquement, après son limogeage le 1er novembre 2020, Amadou Ba (61 ans) a été nommé Premier ministre du Sénégal par le Président de la République, Macky Sall ce samedi 17 septembre 2022.

Ancien directeur général des impôts et domaines (DGID), ancien ministre de l’Economie, des Finances et du Plan, ancien ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’Extérieur, il ajoute une nouvelle corde à son cou et poursuit sa marche vers les sommets.

Mais que ce fut difficile pour ce haut fonctionnaire qui n’a pris la carte de l’Alliance pour la République (Apr) qu’en 2016, sur demande confie-t-il, du Président Macky Sall. Après 3 ans à la tête du département des Finances marquées par l’adoption du Plan Sénégal Emergent (PSE) à Paris, le successeur de Amadou Kane est envoyé au ministère des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’Extérieur, au lendemain des élections législatives de 2017 où il a été promu tête de liste dans le département de Dakar pour freiner l’hémorragie face à l’ouragan Tawaxu Ndakaru de Khalifa Ababacar Sall, qui balayait tout sur son passage. 

Une permutation largement commentée parce que selon certaines indiscrétions, Amadou Ba aurait refusé que le ministère de l’Economie, des Finances et du Plan soit scindé en deux où il serait appelé à diriger une seule partie. Vrai ou faux ? Ce qui est sûr, c’est que le Sénégal était resté 48 heures sans gouvernement.

Mais, à la surprise générale, il sera défénestré après la Présidentielle de 2019. Sous le prétexte d’un fast-track, le Chef de l’Etat avait, le 1er novembre 2020, supprimé le poste de Premier ministre et renvoyé des ministres accusés à tort ou à raison d’avoir des ambitions présidentielles dont Amadou Ba, Aly Ngouille Ndiaye entre autres.

La disgrâce va durer presque 2 ans. Mis au frigo, Amadou Ba va garder son mal en patience. Et contrairement à certaines habitudes notées ça et là, lui reste impassible et s’emmure dans un silence bruissant de paroles. Et soudain, le Président de la République le rappelle à ses côtés, pour les besoins de la présentation des condoléances suite aux décès des Khalifes généraux des Layènes et de Thiénaba. D’aucuns vont vite penser qu’il allait être relancé pour les élections locales du 31 juillet. Que nenni ! Le Chef de l’Etat va jeter son dévolu sur l’ancien ministre de la Santé, Abdoulaye Diouf Sarr avec qui, il dispute le leadership de la capitale.  Le résultat est sans appel. On croyait alors que la victoire de la coalition Yewwi allait pousser le Président Sall à revoir sa copie. Mais, ce dernier ne décrypte pas le message. Il mise sur Aminata Touré pour la conduite de la liste nationale et confie le département de Dakar aux Socialistes. Bâ passe comme le Poulidor au sein de l’APR.

Le réveil sera encore brutal. Pour la première fois dans l’histoire, une quasi-cohabitation s’installe à l’Hémicycle. Discret et très avare en paroles, Amadou Bâ attend toujours son heure. Elle va arriver plus tôt que prévu. A la faveur de la «rébellion» de Aminata Touré, Macky Sall se retrouve dos au mur. Il ne pouvait plus continuer à snober Amadou Bâ ; surtout en perspective de l’élection présidentielle de 2024.

L’ancien argentier retrouve ainsi, la lumière par la grande porte en devenant le 4èmePremier ministre de Macky Sall. Reste maintenant à savoir s’il va définitivement enterrer ses ambitions présidentielles au détriment de la très hypothétique candidature du Chef de l’Etat pour un 3èmemandat. Avant d’en arriver là, son premier challenge sera de relever le défi de la crise économique dans laquelle le Sénégal s’est engouffré.

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