« Vous aurez beau crier, vous ne nous convaincrez jamais que son bilan le rend indispensable, encore moins irremplaçable ! »

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Il s’était engagé, comme dans ses habitudes, à se prononcer sur le troisième mandat, après les élections législatives du 31 juillet 2022. Comme dans ses habitudes de wax waxeet qui ne gêne pratiquement plus personne, il n’en a pas fait jusqu’ici cas. Au contraire, tout indique, jusqu’à preuve du contraire, qu’il va solliciter un troisième mandat, avec la certitude que, si le peuple le laisse faire, ce sera pour lui une promenade de santé auprès du Conseil constitutionnel. Avec l’autre certitude que, même si le peuple s’y oppose farouchement, il dispose de forces de défense et de sécurité à ses ordres pour le mater, de forces connues de tout le monde et dont il ne cesse de renforcer publiquement les moyens depuis le 8 mars 2021. Dóotu fi ame, avait-il lancé menaçant.
On constate qu’il affine petit à petit sa stratégie, met en place sans état d’âme ses jalons. D’ores et déjà, il a donné ordre aux membres de sa coalition, plus exactement de l’Alliance pour la République (APR), son parti, de se lancer dans la vente 1.500.000 cartes et d’occuper le terrain politique. Quel travail de titan par les temps qui courent ! Et pourtant, c’est qu’il a tenté d’interdire à Ousmane Sonko.
Tout indique qu’il est sûr de lui. Tout au moins, en donne-t-il la forte impression. Il prend d’autant plus d’assurance que ses proches ou considérés comme tels s’emploient à le convaincre au quotidien qu’il est le meilleur candidat en février 2024, et que son bilan, ainsi que son droit à un troisième mandat l’y confortent. On les entend crier, crier, crier encore. L’un d’eux, un directeur général depuis bientôt onze ans, qui n’a jamais fait l’objet d’une évaluation, et dont la gestion est pourtant fortement décriée, et d’abord par « ses » propres employés, est allé jusqu’à affirmer publiquement, et sans état d’âme, que s’il ne sollicitait pas un troisième mandat, ils (lui et ses camarades, de ses acolytes plus exactement) lui tordraient le bras. Ce sont des aventuriers comme celui-là qui nous tympanisent jour et nuit car, il y va de leur vie que leur mentor quitte le pouvoir en avril 2024 et, peut-être même dès février 2024 si, d’ici là, le pays vit dans la paix, la stabilité, et que l’élection présidentielle se passe dans les meilleures conditions. En particulier, pour ces tonitruants « militants » du troisième mandat comme pour leur mentor et sa dynastie, il n’est pas question, absolument pas question, qu’un Ousmane Sonko ou un compatriote vraiment digne de la fonction présidentielle y accède après ce président-politicien, dont la gouvernance meurtrie nous empeste l’existence depuis le 2 avril 2012. Parmi eux, on distingue :

ceux (hommes et femmes) qui sont lourdement épinglés par des rapports de nos différents corps de contrôle et d’aussi lourds dossiers de l’OFNAC. Les premiers gisent sous le lourd coude du président-politicien, pendant que les seconds dorment d’un sommeil profond sur la table du Procureur de la République. Il suffit que ces différents rapports et dossiers soient traités par une justice indépendante, pour que nombre d’entre eux aillent en prison pour de longues années, et soient dépouillés de nos maigres deniers qu’ils ont mis plusieurs années à piller impunément.

D’autres, qui occupent de hautes fonctions et les gèrent comme de « bons » militants de l’APR, de la dynastie et, de façon générale, de cette fameuse coalition et qui, depuis leurs nominations, n’ont jamais été évalués ou audités. Et tout le monde sait comment certaines importantes directions et agences sont gérées. On peut en citer des dizaines et des dizaines connues presque de tous et de toutes. Ceux-là craignent comme la peste la nécessaire reddition des comptes, qui s’imposera pourtant après février-mars 2024, quand cette famille dite libérale aura enfin débarrassé le plancher, après vingt-quatre ans d’une gouvernance aux antipodes de celle qu’elle s’était engagée à mettre en œuvre une fois élue. Je précise d’ores et déjà ici, que cette reddition des comptes n’a rien à voir avec une prétendue chasse aux sorcières. Et d’ailleurs, si des sorcières sont clairement identifiées, pourquoi ne pas les brûler vives ? Ont-elles leur place dans une société qui se respecte ?

D’autres encore, sont des individus venus de nulle part, de nulle part vraiment, et qui sont nommés à des postes auxquels ils n’auraient jamais seulement osé aspirer avant le 1er avril 2000, avec leurs limites objectives. Ils s’y accrochent comme à la prunelle de leurs yeux, comme ils s’accrochent à un troisième du président-politicien qui les laisserait sur place continuer leurs sales besognes. Des gens comme ceux-là profitent largement et au maximum de cette situation qui leur est tombée comme du ciel.

Les derniers qui retiennent mon attention (il y en a certainement d’autres) constituent la cour autour de la dynastie et profitent largement de sa « générosité » très attractive pour les sans vergogne, de plus en plus nombreux chez nous, et qui ne se soucient que de leurs égoïstes intérêts du moment.

C’est tout ce beau monde, ce tonitruant beau monde qui emploie tous les moyens y compris, en particulier, la facilité que leur offrent nombre de radios et de télévisions, pour nous convaincre de la qualité du bilan de leur mentor, qui justifierait sa troisième candidature, « pour qu’il termine ses projets ». Comme si, à l’échelle du monde, on peut trouver un seul président de la République ou un seul Premier ministre chef de gouvernement qui ait terminé son programme. Paul Biya  fête son quarantième anniversaire à la tête du Cameroun. Son collègue Teodore Obiang Nguema de la Guinée équatoriale sollicite un sixième mandat, après 43 ans de règne sans partage. Pour autant, ont-ils réussi à terminer leurs programmes respectifs ? Il faut arrêter, avec cet argument facile et superficiel  de ces gens-là qui ne convainquent personne, et dont la préoccupation est vraiment ailleurs.

Ils auront beau nous renvoyer aux décisions du Conseil constitutionnel pour nous faire oublier la parole plusieurs fois donnée de leur champion, ils n’y parviendront jamais. Naturellement, ils savent que cette parole n’a plus aucune espèce de valeur pour lui et sont assurés à l’avance de la réponse favorable du Conseil constitutionnel s’il est sollicité. Nous refusons catégoriquement de faire table rase de cette parole, même si nous savons qu’elle ne vaut plus un kopeck. Elle ne vaut plus un kopeck, mais il faut la rappeler. La tâche nous est facilitée par le Var. Nous avons tous entendu ce qu’il a déclaré publiquement et pendant plusieurs années, intra comme extra muros, appuyé fortement par ses plus proches collaborateurs : les Aminata Touré, Boune Abdallah Dione, Oumar Youm, Seydou Guèye, Me Ousmane Sèye et, en particulier, Ismaïlia Madior Fall, professeur émérite des universités. Aujourd’hui, contrairement à tout ce qu’on pouvait attendre de lui, il donne l’impression, la forte impression de jouer le jeu des partisans du troisième mandat, malgré tout ce que nous l’avons entendu dire et redire pour exclure, du Sénégal, toute possibilité d’exercer plus de deux mandats consécutifs. Osons espérer quand même que, parmi les autres, il y en a encore à qui il reste une once d’honneur, de dignité, d’attachement à la parole donnée, au kaddu, surtout s’il est le fait d’un kilifa, d’un njiit, d’un président de la République ! Espérons qu’ils ne se dédiront pas, qu’ils n’accepteront pas de mentir, même si leurs camarades avec à leur tête leur champion les y incitent avec insistance. Qu’ils n’oublient pas, en tant que croyants, en tant que musulmans, que le mensonge est le plus abominable des péchés, surtout à un certain niveau.

Ce mandat qu’ils veulent forcer peut plonger le pays dans un chaos dont il aura bien de mal à se sortir. Surtout, qu’ils ne perdent jamais de vue, qu’alors, eux et leurs familles pourraient en souffrir terriblement ! Il n’ y a pas seulement que de vie dans le pouvoir. Combien d’hommes et de femmes ont-ils/elles quitté le pouvoir pour une autre qui n’a rien à envier à la première, qui est peut-être même meilleure ? Ne suivez donc pas cette dynastie et ceux/celles qui les poussent vers une aventure qui pourrait nous coûter très cher, très cher à nous tous ! En particulier, nos juges et nos forces de défense et de sécurité devraient être les derniers à les y aider. La force et l’injustice n’arrivent pas toujours à dompter un peuple. L’ancien Sha d’Iran, Mouhamed Raza Pahlavi en a été convaincu, lui qui a été chassé sans ménagement du pouvoir le 19 janvier 1979. Pourtant, son pays  était des mieux armés du monde de l’époque.

Dakar, le 21 novembre 2022
Mody Niang

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